Exiger la justice en matière de dette, économique et climatique !

Cette année marque le quatre-vingtième anniversaire de la collaboration entre le Fonds monétaire international et la Banque mondiale (FMI-BM) pour concevoir et maintenir un système financier mondial qui prospère grâce à la domination de la dette par les pays riches, menés par le G7, et à l'exploitation systémique des populations et des ressources des pays du Sud. Cette exploitation continue d'avoir des conséquences dévastatrices, notamment pour les femmes, les travailleurs et les populations autochtones, menaçant leurs moyens de subsistance et aggravant les inégalités au sein des nations et entre elles.

Nous sommes solidaires de tous ceux qui ont subi les conséquences de ces 80 années de misère, de dévastation et d'endettement, et des luttes qu'ils continuent de mener à travers le monde pour mettre fin aux préjudices, obtenir justice et parvenir à une véritable réparation.

Le FMI et la Banque mondiale ont omis de reconnaître le caractère systémique de la crise de la dette, préférant se concentrer sur la protection des marchés financiers et des profits des créanciers, principalement dans les pays du Nord. Ce manque de prise en compte de la réalité cruciale de l'asservissement par la dette a engendré de graves violations des droits et du bien-être des populations et de la planète, rendant le développement durable et la lutte contre le changement climatique quasiment impossibles dans les pays du Sud et perpétuant les séquelles du colonialisme.

Cessez de contracter des dettes insoutenables et illégitimes.

Malgré l’intérêt proclamé du FMI et de la Banque mondiale pour le développement et l’éradication de la pauvreté, les politiques de prêt, les ajustements structurels et les conditionnalités de prêt qu’ils imposent aux pays du Sud ont créé un système d’endettement perpétuel qui alimente la concentration des profits entre les mains d’une poignée d’acteurs financiers et d’entreprises des pays du Nord.

Dans les pays du Sud, la dette publique continue de s'alourdir tandis que le FMI et la Banque mondiale promeuvent des “ solutions ” créatrices de dettes, fondées sur le marché et privilégiant le secteur privé, ainsi que la financiarisation de l'économie mondiale, qui se sont révélées néfastes, à courte vue et contre-productives. Ils ont accordé des prêts illégitimes à des régimes corrompus, antidémocratiques et répressifs, et financé des projets nuisibles qui ont entraîné des violations des droits humains et une dégradation de l'environnement. Ce sont également les populations lésées par ces dettes illégitimes qui en supportent le fardeau du remboursement.

En 2024, les bailleurs de fonds internationaux devraient soutirer 1 040 487 milliards de dollars américains aux gouvernements des pays du Sud, un montant record pour le service de la dette extérieure. Il est inadmissible que la majeure partie de ces paiements aille à des prêteurs privés du Nord qui réalisent d'énormes profits grâce à des taux d'intérêt élevés pratiqués sur des pays surendettés. D'autres créanciers, notamment des institutions financières internationales et des gouvernements riches du Nord, exigent également des remboursements substantiels. Les surtaxes du FMI, ajoutées au service de la dette, alourdissent encore le fardeau des pays qui ont le plus besoin d'aide financière.

Il faut mettre fin à l'aggravation du fardeau de la dette du Sud.

Le fardeau des dettes insoutenables et illégitimes entrave le développement inclusif, aggrave la pauvreté et les inégalités, et compromet la souveraineté. En guise de conditions d'accès au crédit ou aux mesures d'allègement de la dette, le FMI et la Banque mondiale continuent d'imposer des mesures d'austérité et d'autres politiques désormais ancrées dans les pratiques des pays emprunteurs. Des millions de personnes vivent aujourd'hui dans des pays où les gouvernements consacrent davantage de ressources au service de la dette qu'aux droits et services essentiels. Santé, éducation, protection sociale universelle, énergie, accès à l'eau, soins et autres services publics sont drastiquement réduits afin de privilégier les intérêts des créanciers.

Les femmes, les travailleurs et les communautés marginalisées sont les principales victimes de ces politiques. Les nations souveraines sont contraintes de renoncer à leur autonomie pour satisfaire aux exigences incessantes des créanciers. En violation flagrante du droit international, le contrôle des ressources naturelles, notamment des combustibles fossiles, est cédé afin d'en tirer des profits et de rembourser des dettes, même au prix de bouleversements sociaux, de la dégradation de l'environnement et d'une vulnérabilité accrue face à la crise climatique. Ces conséquences ont creusé les inégalités et affaibli la capacité des processus et institutions démocratiques à s'opposer à l'impunité d'une poignée d'individus qui détiennent plus de richesses et de pouvoir que des milliards de personnes.

Cessez de dominer le financement du développement et du climat

Les responsables historiques de la crise climatique persistent à nier leur obligation de réparer les préjudices causés aux populations des pays du Sud, qui y ont le moins contribué. Au lieu de verser leur juste part pour financer massivement la lutte contre l'urgence climatique, ils instrumentalisent le FMI et la Banque mondiale pour se soustraire à leurs obligations de fournir un financement public, non générateur de dette, sans condition et adéquat pour la lutte contre le changement climatique.

Les pays du Nord et les institutions financières qu'ils contrôlent encouragent les prêts et les programmes d'investissement qui offrent au secteur privé toujours plus d'opportunités de profit. Plus de 701 000 milliards de dollars de fonds présentés comme du financement climatique sont actuellement accordés sous forme de prêts, plongeant les pays déjà endettés dans une crise financière encore plus profonde et enfermant de nombreuses communautés dans la production continue d'énergies fossiles et l'exploitation des ressources. La Banque mondiale aggrave cette crise en promouvant des programmes climatiques axés sur le profit et créateurs de dettes, qui contraignent les pays en développement à se débattre avec le remboursement de leurs prêts au lieu de les empêcher de se concentrer sur la protection de leurs populations et de leur environnement.

Malgré les 80 années d'échec du FMI et de la Banque mondiale à assurer un financement adéquat, équitable et durable pour le développement, les pays qui contrôlent le FMI et la Banque mondiale utilisent désormais ces institutions financières pour se soustraire à leur responsabilité de fournir un financement public et non générateur de dette pour la lutte contre le changement climatique, en créant des mécanismes de prêt tels que le Fonds fiduciaire pour la résilience et la durabilité du FMI.

Les pays, les peuples et les écosystèmes les plus vulnérables continuent de payer pour une crise qu'ils n'ont pas provoquée. Il ne faut pas oublier que les pays du Nord ont insisté pour que la Banque mondiale joue un rôle majeur dans le Fonds pour pertes et dommages et le Fonds vert pour le climat, afin de garantir leur contrôle sur ces fonds et leur fonctionnement similaire à celui de la Banque mondiale. Mais face à la résistance des gouvernements et des organisations de la société civile des pays du Sud, ils n'ont pas pleinement obtenu gain de cause. Nous devons rester vigilants et poursuivre notre campagne pour affranchir ces fonds de financement climatique de l'influence de la Banque mondiale.

 

Réparations maintenant !

Nous réitérons les appels, les revendications et les actions des populations et des communautés du monde entier visant à mettre fin à la domination de la dette et à accorder de véritables réparations à ceux dont la vie a été brisée par le système de la dette perpétuelle et par les politiques et programmes néfastes qui ont été et continuent d'être promus.

  1. Nous demandons des comptes au FMI et à la Banque mondiale, ainsi qu'aux gouvernements du G7 qui les contrôlent, quant à leur rôle dans la perpétuation de la domination par la dette, la crise climatique et les inégalités mondiales. Nous exigeons un système financier qui privilégie les droits humains, le bien-être social et la durabilité environnementale aux intérêts d'une minorité fortunée.
  2. Le FMI, la Banque mondiale et les autres institutions financières internationales, les prêteurs privés et les gouvernements des pays du Nord doivent cesser immédiatement de nuire aux populations et à la planète et entamer la tâche, qui n'a que trop tardé, d'assurer justice et réparations.

Nous appelons en outre à une action immédiate et globale des peuples et des gouvernements du Sud et du Nord pour promouvoir la justice en matière de dette, d'économie et d'écologie.

  • Les pays du Nord doivent immédiatement annuler toutes leurs dettes illégitimes et insoutenables, honorer leurs obligations financières envers les pays du Sud et abolir leurs politiques de prêt néfastes :
    1. Outre les prêts bilatéraux, cela doit inclure l’obligation pour les créanciers privés relevant de leur juridiction de participer à l’annulation de la dette ;
    2. Les gouvernements riches et pollueurs doivent immédiatement remplir leur obligation de fournir un financement climatique adéquat, de meilleure qualité et nouveau, sous forme de subventions, dans le cadre de la reconnaissance, de la restitution et des réparations de la dette climatique et écologique due au Sud ;
    3. Les fonds pour l’action climatique doivent être publics, ne pas créer de dette, être démocratiques et gérés de manière indépendante par des mécanismes financiers prévus par la CCNUCC et en dehors du FMI et de la Banque mondiale ;
    4. Supprimer intégralement les conditionnalités et les surcharges des prêts du FMI.
  • L'Assemblée générale des Nations Unies doit :
    1. Mettre en place un mécanisme multilatéral équitable, transparent et démocratique, fondé sur une convention-cadre relative aux dettes souveraines et placé sous l’égide de l’ONU, afin de traiter la crise de la dette illégitime et insoutenable actuelle et d’en prévenir de futures ;
    2. Adopter des mesures proactives pour faire respecter les obligations du FMI, de la Banque mondiale et des prêteurs privés en matière de droits de l'homme, de paix et de protection de l'environnement et mettre fin à leur impunité en matière de prêts destructeurs.
  • Les pays du Sud doivent :
    1. S’engager à donner la priorité à la mobilisation des ressources nationales et aux dépenses publiques des États afin de garantir un financement adéquat et durable des droits de l’homme et des services publics. Cela implique de découpler les modèles économiques de la nécessité de générer des devises étrangères pour le service de la dette ;
    2. Les audits de la dette nationale doivent être menés dans le cadre d'un processus participatif afin d'établir les responsabilités et de préciser les réparations dues au titre des dettes illégitimes existantes ;
    3. Affirmer le droit souverain des États de prendre les mesures appropriées pour lutter contre les dettes illégitimes et prévenir les dettes insoutenables, y compris le droit de suspendre le paiement de la dette.

L’heure est venue d’instaurer une justice en matière de dette ! Nous devons démanteler les structures d’exploitation engendrées par le système financier mondial et bâtir un avenir juste, équitable et durable pour tous.

Voilà ce que nous sommes en train de construire. Aidez-nous à le construire.

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