
vers une plateforme d'action commune
S'unir pour lutter contre les inégalités
L’Alliance contre les inégalités est un mouvement mondial en pleine expansion qui s’organise et se mobilise pour lutter contre la concentration excessive du pouvoir et des richesses entre les mains d’une petite élite. Nous œuvrons à la construction d’un monde juste, égalitaire et durable.
Cette vision a été élaborée collectivement afin de définir une analyse et une approche communes pour notre travail à l'échelle mondiale. Elle constitue un guide et une ressource, et non une obligation : le travail des membres de l'alliance s'inscrit légitimement dans leurs contextes géographiques et sectoriels respectifs, et cette vision continuera d'évoluer au fur et à mesure que l'alliance grandira.
Comment en sommes-nous arrivés là ?
Depuis des siècles, trop de personnes vivent et meurent dans la pauvreté, en marge de la société, privées de dignité et d'opportunités parce qu'elles sont nées filles, nées dans la pauvreté, ou victimes de discrimination en raison de leur caste, de leur race, de leur identité sexuelle, de leur appartenance à un groupe autochtone ou de leur religion. Aujourd'hui, ces inégalités ancestrales sont encore exacerbées par une concentration extrême des richesses et du pouvoir entre les mains d'une petite élite.
Ce n'est pas un accident.
La collusion entre les élites politiques et économiques a sapé la démocratie et engendré des systèmes économiques fondés sur une foi aveugle dans les marchés et la monnaie – poussée à l'extrême, au point d'avoir provoqué, ces trente dernières années, une explosion des inégalités. Cette idéologie a entraîné une course effrénée au moins-disant salarial, tandis que le nombre de milliardaires ne cessait de croître. Elle a conféré aux multinationales un pouvoir de lobbying sans précédent, tout en érodant l'État et les réglementations indispensables. Elle a bâti un vaste réseau de paradis fiscaux opaques, favorisé la privatisation des services publics essentiels et privé les communautés de tout contrôle sur les ressources naturelles nécessaires à une vie digne.
L’inégalité est profondément enracinée. L’inégalité entre les sexes persiste partout dans le monde et se trouve encore renforcée par la concentration du pouvoir et des richesses. Les femmes la subissent dans les villes comme à la campagne, à l’école, dans les emplois bien rémunérés comme dans les emplois mal rémunérés, au sein du mariage et de la famille, et sont exposées à des violences débridées – des conséquences profondément ressenties et trop souvent considérées comme normales.
Les systèmes d'oppression ont revêtu diverses formes au cours de l'histoire. Mais par le passé, des alliances larges ont été tissées et ont triomphé : contre l'esclavage, le colonialisme, l'apartheid, et pour les droits des personnes LGBTQI+, des femmes, des peuples autochtones et des travailleurs. Les puissants se sont toujours adaptés, érigeant de nouveaux systèmes d'oppression en réaction. Nous avons aujourd'hui atteint des extrêmes tels qu'un changement systémique de cette ampleur est à nouveau nécessaire.
nos exigences
Nous appelons les gouvernements du monde entier à :
Dix revendications, élaborées collectivement par l'alliance. Ouvrez chacune d'elles pour lire l'analyse qui la sous-tend.
Les inégalités sont hors de contrôle. En 2015, les 11 000 000 personnes les plus riches possédaient plus de richesses que le reste du monde, tandis que plus de 700 millions de personnes vivaient dans l’extrême pauvreté. Ce fossé s’est creusé à une vitesse alarmante au cours des 30 dernières années, et ce sont les femmes et les groupes marginalisés qui en souffrent le plus. Le changement climatique creuse encore davantage les inégalités, car ce sont ceux qui ont le moins contribué qui en paient le prix le plus lourd.
Réduire drastiquement les inégalités profiterait à l'humanité entière. Les inégalités économiques extrêmes corrompent la vie politique, restreignent la liberté de la presse, freinent la croissance économique et entravent la mobilité sociale. Elles alimentent la criminalité et les conflits violents et font obstacle à la lutte contre la pauvreté. Le changement ne se produira que si les gouvernements prennent des mesures concrètes pour redistribuer les richesses avant que les inégalités n'atteignent un point de non-retour.
Nous appelons à des plans nationaux visant à réduire les inégalités extrêmes, et à une élaboration de politiques sociales et économiques qui prennent en compte l'impact sur les inégalités.
La pensée économique et politique reste dominée par une idéologie fondamentaliste du marché qui prétend que la déréglementation, la privatisation et un marché libre de toute intervention de l'État sont les seuls moyens d'accéder à une prospérité partagée. Or, les faits démontrent le contraire, et cette idéologie fait obstacle à la réduction de la pauvreté et des inégalités.
Les politiques pro-marché imposées par les institutions financières internationales ont permis à une élite de s'enrichir au détriment de la majorité. L'Amérique latine, l'Asie, l'Afrique et l'ancien bloc soviétique ont subi ces politiques de la part des créanciers après les crises de la dette des années 1980 et 1990. Il en a résulté une explosion des inégalités économiques et une forte augmentation de la pauvreté, conséquences directes d'une redistribution des richesses au profit des plus fortunés.
Nous appelons à un système économique juste qui mette le marché au service du peuple, et à la fin de l'idéologie qui exige des coupes dans les dépenses publiques, la déréglementation, la privatisation et des allégements fiscaux pour les plus riches.
Ce même fondamentalisme de marché qui creuse le fossé entre les plus riches et le reste de la population s'appuie également sur le patriarcat et le renforce. Il sape les droits des femmes et fonde la croissance économique sur un fardeau injuste de travail de soins non rémunéré et de salaires de misère.
Depuis des années, les visages des travailleuses occupant les emplois les plus précaires, les moins bien rémunérés et les plus dangereux, sans aucune protection juridique, sont ceux des femmes et des filles. Partout dans le monde, elles consacrent chaque semaine des heures de travail de soins non rémunéré, un travail qui génère des milliards pour l'économie mondiale sans qu'elles n'en retirent aucun revenu. Au lieu de reconnaître et de valoriser cette contribution, le fondamentalisme de marché a supprimé le congé maternité rémunéré, les services de garde d'enfants, ainsi que la gratuité des soins de santé et de l'éducation.
Nous appelons à une économie équitable qui reconnaisse, réduise et redistribue le travail de soins non rémunéré, et à des politiques sociales et économiques qui investissent dans les femmes et les filles et les protègent.
Le changement climatique est une crise des inégalités. Les émissions de gaz à effet de serre des pays les plus aisés engendrent des bouleversements climatiques dangereux qui frappent de plein fouet les plus démunis, les inondations et les sécheresses ravageant des vies et détruisant leurs moyens de subsistance.
Pourtant, partout dans le monde, les gouvernements privilégient les intérêts des entreprises qui profitent du statu quo destructeur au détriment des citoyens. Ils dépensent des milliards d'argent public en subventions aux énergies fossiles au lieu d'investir dans la transition vers des alternatives durables. Pendant ce temps, les entreprises et les élites qui tirent profit des énergies fossiles utilisent les règles du marché pour freiner la transition vers une énergie propre et renouvelable. Les communautés doivent être impliquées dans ces alternatives.
Nous demandons la justice climatique, la fin des subventions aux énergies fossiles et le réinvestissement des fonds publics dans des alternatives durables qui protègent les populations et la planète.
L'oppression des travailleurs est une injustice humaine et une stratégie délibérée des élites et des grandes entreprises pour étouffer toute opposition à un système qui ne cesse de faire baisser les salaires, tandis que les entreprises engrangent des profits records et versent des rémunérations indécentes à leurs dirigeants. Le travail est devenu de plus en plus précaire et informel, et ce sont les jeunes et les femmes qui en souffrent le plus.
Les syndicats et la négociation collective contribuent à corriger ce déséquilibre et à limiter les inégalités, mais les travailleurs du monde entier sont confrontés à des violations de leurs droits fondamentaux et à une répression de leur droit de s'organiser. Pour des millions d'entre eux, s'opposer à des conditions de travail injustes entraîne la perte totale de leurs revenus et des persécutions.
Nous demandons le respect des droits des travailleurs et de l'état de droit pour tous les travailleurs — un salaire minimum vital, une protection sociale, la négociation collective et le droit de grève — ainsi qu'une obligation de diligence raisonnable pour les multinationales.
Le monde opaque des paradis fiscaux et du secret bancaire, ainsi que les politiques budgétaires qui accordent des allégements fiscaux aux plus riches tout en pénalisant les plus pauvres par des coupes budgétaires, figurent parmi les conséquences les plus pernicieuses du fondamentalisme de marché. Notre économie truquée utilise les outils mêmes qui devraient permettre de rétablir l'égalité des chances pour redistribuer les richesses vers le haut, tant au sein des pays qu'entre eux.
Les pays ont réduit les inégalités de revenus en prenant les bonnes décisions en matière de fiscalité et de dépenses publiques. Lutter contre l'évasion fiscale des multinationales permettrait de combler les déficits budgétaires considérables des pays riches comme des pays pauvres. Mais tant que les grandes entreprises et les plus riches dicteront les règles fiscales, les inégalités continueront de s'aggraver.
Nous demandons une imposition sur la fortune, le capital et les profits des plus riches, des systèmes fiscaux progressifs et la fin du secret fiscal, des paradis fiscaux et des flux financiers illicites.
La destruction du rôle de l'État et la privatisation de services comme la santé et l'éducation reposent sur un dogme fondamentaliste du marché et une croyance aveugle selon laquelle les marchés ont leur place dans tous les domaines de la vie. Ce zèle pour la privatisation prive l'État des outils et de la protection sociale nécessaires pour endiguer les formes les plus extrêmes de pauvreté et d'inégalité.
La privatisation a joué un rôle déterminant dans les politiques d'ajustement structurel mises en œuvre dans les années 80 et 90, qui ont engendré une explosion des inégalités dans les pays les plus pauvres. Pourtant, les gouvernements et les bailleurs de fonds continuent d'injecter des milliards d'argent public dans des initiatives privées en matière de santé et d'éducation. Un système qui permet à des entreprises d'engranger des profits colossaux tout en excluant les plus démunis de l'accès à l'éducation et aux soins hospitaliers n'a pas sa place dans une société civilisée.
Nous appelons à des États qui assurent une protection sociale pour tous, un système de santé et d'éducation publics gratuits de la naissance à la mort, et à la fin de la privatisation des services publics.
La lutte pour l'accès à la propriété foncière représente la plus ancienne forme d'inégalité des richesses. Les élites fortunées, tant dans les pays riches que dans les pays pauvres, usent de leur influence politique pour obtenir des concessions et des subventions foncières. Tandis que des millions de personnes souffrent de la faim, les investisseurs et l'agro-industrie réalisent d'immenses profits grâce aux terres accaparées aux communautés les plus pauvres, aux peuples autochtones et aux petits exploitants agricoles – des terres qui leur permettaient de se nourrir durablement et d'approvisionner les marchés locaux. L'agro-industrie est également l'un des principaux responsables de la crise climatique.
Ce combat n'est pas nouveau, mais il a été accéléré par les inégalités croissantes, le fondamentalisme de marché et la spéculation sur les produits agricoles. La richesse foncière est redistribuée vers le haut, les pays pauvres perdant de vastes étendues au profit des banques et des investisseurs privés.
Nous demandons aux gouvernements de protéger les droits fonciers des femmes, des peuples autochtones et des communautés, de procéder à une redistribution délibérée des terres et de réglementer les investisseurs et l'agro-industrie.
La montée rapide des inégalités s'est accompagnée d'une répression accrue de la démocratie et de l'espace civique. La collusion entre les élites politiques et économiques a érodé la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique dans de nombreux pays à travers le monde.
Dans ce contexte, les discours de haine, les agressions physiques, les disparitions et les assassinats sont de plus en plus fréquents. Les citoyens qui osent dénoncer les abus de pouvoir et contester l'autoritarisme et le fondamentalisme de marché s'exposent à la diffamation, à la stigmatisation, à la détention arbitraire et à la criminalisation.
Nous appelons les gouvernements à préserver la société civile et à protéger le droit de tous les citoyens à s'exprimer, à s'organiser et à agir, et à mettre fin aux lois qui empêchent la société civile de demander des comptes aux gouvernements.
Dans un monde où il y a des gagnants et des perdants sur le plan économique, on impute trop souvent le manque d'opportunités aux migrants et aux réfugiés — victimes de déplacements forcés — plutôt qu'aux gouvernements engagés dans des conflits et des guerres ou qui mettent en œuvre des politiques régressives.
Les travailleurs migrants subissent souvent les pires discriminations, de bas salaires et une précarité de l'emploi sans droits égaux. Les réfugiés et les personnes déplacées endurent des voyages périlleux et sont abandonnés dans des camps insalubres, car les pays stables leur refusent l'entrée au motif qu'ils n'ont pas les moyens de subvenir à leurs besoins. Dans un monde d'abondance, une telle situation est inacceptable.
Garantir les droits des personnes et l'égalité des chances est l'antidote à la peur et à la xénophobie dans un monde où la confiance s'effrite — entre les individus, entre les nations et entre les citoyens et leurs gouvernements.






