La Zambie mérite une économie qui fonctionne pour le 99%, et non pour le 1%.

Par Mputa Ngalande*

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Pour Jane, une mère de quatre enfants de 34 ans originaire du quartier Garden Compound de Lusaka, sauter des repas est devenu la norme ces deux dernières années.

Tout a commencé avec la hausse des tarifs de bus suite à l'augmentation du prix de l'essence, raconte Jane. Puis, le prix des légumes a explosé après la réduction des subventions gouvernementales sur les intrants agricoles. Ces facteurs, parmi d'autres, ont ruiné le commerce de fruits et légumes de Jane, ses clients n'ayant plus les moyens d'acheter même les produits de base. Nourrir sa famille est un combat permanent depuis.

L'histoire de Jane n'est pas un cas isolé de malchance. Des millions de Zambiens ont subi le même sort, plongés dans la précarité par les conditions draconiennes que leur gouvernement a négociées avec le Fonds monétaire international. Le gouvernement avait promis “ stabilité macroéconomique ” et “ consolidation budgétaire ” grâce à cet accord. Au lieu de cela, il a engendré des difficultés pour les citoyens ordinaires tout en protégeant les intérêts des multinationales étrangères.  

La Zambie mérite une économie qui profite aux 99%, et non aux 1%. À l'approche des élections zambiennes, ces questions sont plus urgentes que jamais.

 

L'architecture de l'austérité

Le retour de la Zambie dans le giron du FMI a été précipité par une combinaison de facteurs : des investissements publics trop ambitieux, une sécheresse dévastatrice en 2019 et la pandémie de COVID-19. En novembre 2020, le pays est devenu le premier État africain à faire défaut sur ses euro-obligations durant cette période de pandémie. Le plan de sauvetage mis en place en 2022 a eu un coût exorbitant : la suppression des subventions sur les carburants, l'électricité et les intrants agricoles.

L'impact a été immédiat. Les prix du carburant sont passés de 17 kwachas ($0,94) en 2021 à 27 kwachas. ($1.48) À la mi-2023, le prix du carburant atteignait déjà 35,56 kwachas ($D1,95) le litre en avril 2024. Malgré des fluctuations ultérieures, le mal était fait. Pour les familles de travailleurs, dont les salaires ont stagné, chaque ajustement mensuel du prix du carburant érode la valeur de chaque kwacha gagné.

En Zambie, l'échec de l'orthodoxie néolibérale est encore plus flagrant dans le prix de la farine de maïs, aliment de base du pays. Le prix d'un sac de 25 kg a plus que doublé, passant de 120 kwachas (1 TP4T6,60) il y a quelques années à 300 kwachas (1 TP4T16,50) voire plus aujourd'hui. Cette crise du coût de la vie est une conséquence directe des recommandations du FMI de restructurer le Programme d'appui aux intrants agricoles, qui bénéficiait à la majorité des familles de petits exploitants agricoles.

La suppression des subventions a fait passer le prix d'un sac de 50 kg d'engrais de 400 kwachas ($22) à 1 100 kwachas ($60,52). Des millions de petits agriculteurs n'ont plus pu poursuivre leur activité. Conjuguée à une politique d'exportation de maïs très agressive et à la sécheresse, cette situation a plongé des millions de Zambiens dans la précarité alimentaire.

 En Zambie, les manifestants disent non à l'austérité imposée par le FMI
En Zambie, les manifestants disent non à l'austérité imposée par le FMI

 

Le profit avant tout.

L'austérité n'a pas seulement fait grimper les prix des denrées alimentaires ; elle a aussi plongé des familles dans la précarité. Pour atteindre les objectifs de recettes fixés par le FMI, les tarifs de l'électricité ont été augmentés et les exportations d'électricité ont été privilégiées afin de générer des devises étrangères, alors même qu'une sécheresse liée au changement climatique réduisait la production hydroélectrique du barrage de Kariba à moins de 101 000 tonnes de sa production normale.

Il en a résulté des coupures de courant pouvant atteindre 20 heures par jour. Pour les coiffeurs, les soudeurs, les restaurateurs et autres travailleurs du secteur informel, la situation a été catastrophique. Selon les rapports, 901 000 petites entreprises ont subi une baisse de leurs bénéfices, et 401 000 d'entre elles ont perdu plus de la moitié de leur chiffre d'affaires en raison de ces coupures.

Alors que les Zambiens subissaient de longues coupures de courant, les gigantesques mines étrangères du pays continuaient de bénéficier d'un approvisionnement ininterrompu en électricité à des tarifs avantageux, au nom du maintien d'un climat d'investissement favorable.

Alors que les citoyens payaient plus cher le carburant, l'alimentation et l'électricité, les multinationales bénéficiaient d'allégements fiscaux. En 2023, l'impôt sur les sociétés a été ramené de 351 000 ₹ à 251 000 ₹, et la redevance minière est devenue déductible. Cette modification permet aux mines de déduire les redevances avant de calculer leurs bénéfices, ce qui coûte au Trésor public des centaines de millions de dollars qui auraient pu servir à réduire la dette et à financer des services essentiels comme la santé et l'éducation.

 

La voie vers la souveraineté au-delà du FMI

L'annonce récente du ministre des Finances concernant la suspension de la prolongation du programme du FMI a suscité l'espoir chez des familles comme celle de Jane. Elle laissait entrevoir un possible changement de cap vers des politiques économiques privilégiant les personnes plutôt que les créanciers.

C’est un pas prometteur, mais ce n’est qu’un début. Le pays doit mettre en œuvre des politiques nationales qui placent le 99% au cœur des décisions économiques.

L’Alliance contre les inégalités en Zambie a identifié plusieurs mesures susceptibles de remettre le pays sur la bonne voie. Il s’agit notamment d’une fiscalité progressive, incluant des taxes exceptionnelles sur les exportations de minéraux, en particulier compte tenu de la hausse des prix du cuivre ; d’une gestion responsable de la dette afin de prévenir une nouvelle crise ; et de seuils de dépenses sociales garantissant une protection effective des communautés vulnérables.

À peine un mois après avoir annoncé le non-renouvellement du programme du FMI, le ministre des Finances a indiqué que de nouvelles négociations étaient en cours en vue de la mise en œuvre de nouveaux accords après les élections d'août 2026. Une fois de plus, le gouvernement promet de la croissance économique. Mais pour les citoyens ordinaires, ce discours s'est historiquement traduit par une hausse des prix, des coupes budgétaires plus importantes et une pression accrue sur les familles qui travaillent.

À l'approche des élections, les Zambiens sont en droit de se demander si ce changement représente une véritable rupture avec la dépendance au FMI ou une manœuvre politique temporaire.

Comme l'a écrit un étudiant en ligne après son retour du Rwanda : “ Ce n'est pas possible que ce soit la Zambie… tout est tellement cher ici ! ”

Il parle au nom de beaucoup.

La Zambie mérite une économie au service du 99%. La fin du programme du FMI ne doit pas être symbolique. Elle doit marquer le début d'un engagement sérieux en faveur de la souveraineté économique et de politiques permettant à des familles comme celle de Jane de vivre dans la dignité.

*Mputa Ngalande Elle est la coordinatrice nationale de l'Alliance de lutte contre les inégalités en Zambie et une militante de base dévouée à la justice économique.

 

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