La déclaration de politique budgétaire à moyen terme de Mboweni plonge l'Afrique du Sud de la récession à la dépression, et prépare un affrontement avec les syndicats du secteur public.
Alors que le ministre des Finances présentait son exposé sur les orientations budgétaires à moyen terme, des milliers de personnes ont manifesté à travers le pays contre les coupes budgétaires et les licenciements, sous la bannière du Cri des exclus. Anticipant la rigueur de la politique d'austérité gouvernementale, ce cri laissait présager d'âpres luttes à venir autour de la politique économique. L'ampleur des attaques contre les travailleurs et les plus démunis est telle qu'il faut s'attendre à ce que les rues, et non les salles de réunion, deviennent les principaux champs de bataille.
Le MTBPS est un plan qui risque de plonger l'Afrique du Sud dans une profonde dépression économique, conséquence de la volonté du ministre des Finances, Mboweni, de dégager un excédent budgétaire sur cinq ans.
Pour satisfaire aux exigences des créanciers, des agences de notation et des prétendus investisseurs, auxquels nous devons nous soumettre, Mboweni prévoit trois années de coupes budgétaires drastiques : 60 milliards de rands la première année, 90 milliards la deuxième et 150 milliards la troisième. Cela représente plus de 300 milliards de rands sur trois ans. La part la plus importante de ces économies provient des réductions de salaires des fonctionnaires.
C'est un plan désastreux qui ridiculise toute idée de “ reprise économique ” et de relance gouvernementale.
Il en résultera une hausse du chômage, que le gouvernement, dans son déni de la réalité, croit pouvoir compenser par la création de 800 000 emplois temporaires rémunérés selon les salaires du programme EPWP. Certains économistes prévoient désormais un taux de chômage officiel de 351 000 milliards de dollars, ce qui signifierait un taux de chômage réel bien supérieur à 401 000 milliards de dollars.
Les fonctionnaires sont les principales victimes de ces coupes budgétaires. Le Trésor s'est déjà retiré, illégalement, de l'accord salarial en vigueur et a accordé aux travailleurs une augmentation salariale de 1 à 30 ans cette année. Le budget de moyen terme prévoit trois années supplémentaires d'augmentations de 1 à 30 ans, ce qui, après prise en compte de l'inflation, se traduit par de véritables baisses de salaires. Nos travailleurs de première ligne, nos infirmières, nos médecins, nos enseignants, nos travailleurs sociaux, nos policiers et tous les autres, reçoivent un traitement de faveur : un gel des salaires pendant quatre ans !
- Tout d'abord, cette réduction draconienne des dépenses publiques, axée sur les salaires, frappera tous les commerces et entreprises, entraînant une baisse de la demande pour leurs produits. Le Graal de la croissance du PIB s'évanouira avec l'arc-en-ciel.
- Deuxièmement, cela va forcément entraîner un conflit majeur avec les syndicats du secteur public, semblable à celui qui a opposé les mineurs de charbon en Grande-Bretagne il y a quarante ans sous Margaret Thatcher.
- Troisièmement, cela incitera les fonctionnaires à quitter la fonction publique pour trouver un emploi dans le secteur privé. L'emploi dans la fonction publique diminuera. En effet, le seul moyen de réaliser une économie de plus de 200 milliards sur la masse salariale est de réduire les effectifs de la fonction publique.
Les collectivités locales sont l'autre cible majeure des coupes budgétaires. Une fois de plus, ce sont les communautés pauvres et ouvrières qui en subissent les conséquences. Soyez-en sûrs : nos villes vont se dégrader davantage, les nids-de-poule vont proliférer, les quartiers se transformer en décharges sauvages et les services publics resteront un vœu pieux !
Dans son discours, Tito Mboweni a catégoriquement rejeté l'augmentation des impôts sur les plus riches comme alternative à cette austérité extrême. C'est là une nouvelle preuve des privilèges accordés à certaines classes sociales par ce gouvernement.
Ce qu'il nous faut, c'est rétablir l'imposition du train de vie des hauts revenus au même niveau qu'en 2005. Cela permettrait d'accroître les recettes fiscales de plus de 200 milliards de rands par an. Concrètement, cela signifierait imposer 200 000 personnes percevant un salaire supérieur à 1 million de rands à hauteur de 451 000 rands au-delà de ce montant, au lieu de se baser sur la tranche excédant 1,5 million de rands comme c'est le cas actuellement. Par ailleurs, des chercheurs de l'université de Witwatersrand ont démontré qu'un léger impôt sur la fortune, appliqué aux personnes possédant un patrimoine supérieur à 3,6 millions de rands, pourrait générer 143 milliards de rands de recettes fiscales par an, même si un tiers de ces personnes fortunées parvenaient à l'éviter. À ce propos, M. Mboweni a évoqué l'amélioration du service des impôts sud-africain (SARS), mais a refusé de s'engager à recruter les 800 employés clés supplémentaires nécessaires pour lutter contre la fraude fiscale des plus riches et le transfert de bénéfices des entreprises, estimés entre 160 et 400 milliards de rands par an.
Mboweni a également utilisé la notion de “ multiplicateur budgétaire négatif ” pour justifier idéologiquement sa vision particulière de l'économie de crise. Monsieur le Ministre des Finances, investissez dans les aides sociales, comme un revenu de base. Investissez dans l'emploi public avec des salaires décents. Embauchez des ouvriers pour construire les logements, les écoles et les dispensaires dont notre population a besoin. Reconstruisez nos voies ferrées et investissez dans les infrastructures sociales, comme la réparation des canalisations d'eau qui fuient ; vous verrez alors comment les dépenses se multiplieront dans l'économie locale.
Mais si vous dépensez de l'argent en achats hors de prix et en mégaprojets comme vous le faites actuellement, la moitié de cet argent s'échappera à l'étranger, restera sur les comptes bancaires inactifs des élites économiques ou servira à acheter des produits de luxe importés !
Il existe une alternative à la folie de Mboweni, mais il faut se battre pour elle ! Lors de la présentation du budget de février 2021/22, nous n'aurons d'autre choix que de descendre à nouveau dans la rue, en plus grand nombre !
Publié par : Cry of the Xcluded, Assembly of the Unemployed, Alternative Information & Development Centre et Fight Inequality Alliance South Africa.